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LISTE DES PENSÉES DE LA NUIT (N.B. mise à jour assez irrégulière) N°1 8 février 2003 RENÉ BELLETO "...Tant il est vrai que dans cette existence imparfaite, soit on passe à côté des choses, soit on s'écrase contre." N°2 9 février 2003 MARCEL COHEN "Alors que les êtres et les choses témoignaient sans relâche de sa présence au monde et qu'il lui semblait, jour après jour, apprécier son sillage parmi eux, un homme découvre que tout ne répète plus, désormais que sa propre absence. Quand et comment cette inversion s'est-elle opérée ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, et contre toute apparence, ce sentiment d'une perte est peut-être la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait à peu près rien vu jusque là, se dit-il. Et, à plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'il expérimente maintenant tous les jours : que la beauté, alors même qu'on la touche, est déchirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cet homme va, vient et se dépense sans compter." "Lecture courante à l'usage des grands débutants" N°3 11 février 2003 ADIN STEINSALS "Prenez un verre en argent tout neuf, remplissez le grains de grenade rouge et placez le entre l'ombre et le soleil : telle était en quelque sorte la beauté de Rabbi Yo' Hanan (traité Baba Metsia)" N°4 14 février 2003 ANTONIN ARTAUD :"Un homme se possède par éclaircies" N°5 17 février 2003 ALVARES BRAVO :"Je serai toujours un photographe du Dimanche. Les images sont comme les papillons. A quoi bon les attraper si c'est pour les emprisonner". N°6 19 février 2003 MARCEL DUCHAMP"On peut voir regarder mais on ne peut pas entendre écouter" N°7 21 février 2003 MICHEL SCHNEIDER"Le sentiment hypochondriaque est l'obsession de veiller sans relâche sur son propre corps, tel un gardien, un espion, un surveillant, un témoin de soi-même. L'hypochondrie est une sorte de tendresse du corps pour lui-même, telle une mère qui veille son enfant malade, et l'assure, par la maldie, Tel un interprête aussi, qui écoute avec un mélange de compassion et de cruauté, son instrument dont il veut connaître et soigner la blessure. Car avoir mal au piano, ou à la musique, c'est en fait avoir mal au temps. Gould jouant semble parfois un noyé voulant sortir de l'eau du temps et s'arracher à ses remous par les yeux, les lèvres, les mains, le corps tout entier tournoyant. En ce sens aussi, d'un transport vers un au-delà du temps, il rejoignait, sans peut-être le savoir lui-même, les expériences de la mystique. Glen Gould cherchait la limite la plus difficile, entre la musique et sson corps. Parfois, son attitude corporelle semble aussi exposée que s'il se sentait persécuté par la musique. Musique de nuit. N°8 26 février 2003 JEAN MARIE GOURIO :" Avec leur système de film, la fleur qui s'ouvre au ralenti s'ouvre plus vite que la fleur qui s'ouvre au normal...avec le ralenti, ça va plus vite ! faudra m'expliquer." L'intégrale des Brèves de Comptoir 91-92 N°9 1er mars 2003 ALESSANDRO BARICCO : "Il y a la lumière, tout autour, la lumière du soir. Le soleil te prend sur le côté, quand c'est comme ça, c'est une manière plus douce, les ombres se couchent démesurément, c'est une manière qui a, en quelque sorte quelque chose d'affectueux - ce qui explique peut-être comment il se fait qu'en général, il est plus facile de se croire bon, le soir - alors qu'à midi, on pourrait presque assassiner, ou pire : avoir l'idée d'assassiner, ou pire : s'apercevoir qu'on serait capable d'avoir l'idée d'assassiner, ou pire : se faire assassiner." Chateau de la colère N°10 4 mars 2003 ITALO CALVINO "Je me suis si bien habitué à ne pas lire que je ne lis même pas ce qui me tombe sous les yeux par hasard. Ce n'est pas facile : on apprend à lire tout petit, et toute une vie on reste esclave de ces trucs écrits qui vous tombent sous les yeux. J'ai peut-être du faire un certain effort, les premiers temps pour apprendre à ne pas lire, mais maintenant cela me vient tout naturellement. Le secret est de ne pas éviter de regarder les motds écrits, au contraire : il faut les regarder fixement jusqu'à ce qu'ils disparaissent." Si par une nuit d'hiver N°11 9 mars 2003 AMIEL "Nulla dies sine linea", Journal N°12 13 mars 2003 AMOS OZ " Comment aurais-je aimé écrire ? Comme un vieux grec qui évoque les morts et effraie les vivants. Ou comme un yeti qui erre seul pieds nus. Noter la montagne, consigner la mer à l'aide d'une fine aiguille, telle l'esquisse d'un motif de broderie. Ecrire comme uin marchand ambulant russe en route pour la Chine : il a trouvé une cabane. Il l'ébauche. Le soir il observe, la nuit il dessine, et à l'aube il a fini. Il paie son écot et s'en va au point du jour" Seule la mer N°13 18 mars 2003 SODO "Après avoir contemplé la
lune N°14 21 mars 2003 ANDRE MALRAUX "C'est seulement une heure après la mort, que du masque des hommes, commence à sourdre leur vrai visage" L'Espoir N°15 28 mars 2003 COLETTE AUDRY "Non ce n'est pas de me détacher d'une image de moi" qui m'est "demandé". C'est de passer de moi, image de moi, peut-être, mais tellement plus - de moi en cet instant, en train de vous écrire, assise là, regardant le soleil d'automne sur les peupliers devant ma fenêtre quand je lève la tête, pensant déjà à la phrase suivante, et, marginalement à ce que vient d'être la journée, moi sans cesse en projets et en souvenirs, passer de moi au noir absolu. Il s'agit bien d'une image ! Il s'agit de cet "étroit passage" et rien d'autre, être morte, soit, je veux bien, mais mourir...", Rien au delà. N°16 11 avril 2003 JEAN CLAIR "Dans ce grand pays américain, en 1812 déjà, les anglais avaient incendié Washington, et, deux ans plus tard, brûlé raz le capitole et la maison blanche. Ses militaires, si fiers de proclamer le "zero mort" des bombardiers engagés dans leur croisade, s'étaient-ils rappelé qu'ils ne faisaient que répéter le "O Kay" de la guerre de sécession, lorsque, au rapport, on mentionnait, laconique, le "zero killed", le "O.K.", l'absence de perte humaine dans le combat du jour ? Que vaut une vie qui ne vaut même pas d'être sacrifiée ?"Court traté des Sensations N° 17 11 avril 2003 ANDRE WEILL "Quand j'étais jeune, j'éspérais démontrer le fonction Zèta, l'hypothèse de Riemann. Quand je suis devenu un peu plus vieux, j'ai encore eu l'espoir de pouvoir lire et comprendre une démonstration de l'hypothèse de Riemann. Maintenant, je me contenterais bien d'apprendre qu'il en existe une démonstration" N° 18 14 avril 2003 PATRICK BESSON "Pourquoi les gens se fatiguent-ils à vivre quand il suffit d'une journée pour lire leur biographie ?" Un Etat d'Esprit N°19 17 avril 2003 PASCAL QUIGNARD " En 1340, l'abbé Kenkô a écrit dans son journal : "Ce n'est pas le déclin du printemps qui amène l'été mais quelque chose de plus fort que le déclin." Il y a quelque chose d'indéclinable. Il y a une poussée qui ne connaît pas de répit. Les choses qui commencent n'ont pas de fin" Le Passé et le jadis N° 20 23 avril 2003 DANTE ALIGHERI "Et comme quelques fois nous voyons tomber l'eau mêlée de belle neige, de même il me semblait voir leurs paroles sortir mêlées de soupirs" Vita Nova N°21 26 avril 2003 HONORE DE BALZAC "Dès lors, tout s'agite : les idées s'ébranlent comme les bataillons d'une grande armée sur le terrain d'une bataille, et la bataille a lieu. Les souvenirs arrivent au pas de charge, enseigne déployés : la cavalerie légère des comparaisons se développe par un magnifique galop ; l'artillerie de le logique accourt avec son train et ses gargousses ; les traits d'esprits arrivent en tirailleurs ; les figures se dressent, le papier se couvre d'encre, car la veille commence et finit par des torrents d'eau noire comme la bataille par sa poudre noire." Honoré de Balzac : Traité des Excitants Modernes N° 22 29 avril 2003 MARCEL COHEN "Alors que les êtres et les choses témoignaient sans relâche de sa présence au monde et qu'il lui semblait, jour après jour, apprécier son sillage parmi eux, un homme découvre que tout ne répète plus, désormais que sa propre absence. Quand et comment cette inversion s'est-elle opérée ? Il serait bien incapable de le dire. Certes, si douloureux soit-il, et contre toute apparence, ce sentiment d'une perte est peut-être la preuve d'un regard plus aigu, auquel cas il n'avait à peu près rien vu jusque là, se dit-il. Et, à plus forte raison, comment aurait-il pu deviner ce qu'il expérimente maintenant tous les jours : que la beauté, alors même qu'on la touche, est déchirante comme un adieu et qu'un visage ami est parfois plus douloureux qu'une plaie ouverte. Cependant cet homme va, vient et se dépense sans compter." "Lecture courante à l'usage des grands débutants N.B. strictement même pensée de la nuit que celle du 9 février (N°2) mais, au fond est-ce bien strictement la même ? N° 23 1er mai 2003 MARC ALAIN OUAKINE : "La main s'ouvre, déploie ses doigts vers le dehors. Éclatement, transcendance vers le monde, objet ou sujet, chose ou être humain, les doigts ne se referment pas en une prise, en une emprise, en un "main-tenant". Elles restent tendues, ouvertes... Ainsi la main se fait caresse. La caresse s'oppose à la violence de la griffe. La "caresse" est un concept ou plutôt un anti-concept qu'Emmanuel Lévinas introduit en philosophie, dès 1947, dans Le temps et l'autre, et qui parcourt toute son oeuvre, jusque dons les textes les plus récents : "Cette recherche de la caresse en constitue l'essence par le fait que la caresse ne sait pas ce qu'elle cherche. Ce "ne pas savoir", ce désordonné fondamental en est l'essentiel. [...] La caresse est l'attente de cet avenir pur, sans contenu." La caresse découvre une intention, une moralité d'être qui ne se pense pas dans son rapport au monde comme saisir, posséder, ou connaître. La caresse n'est pas un savoir mais une expérience, une rencontre. La caresse n'est pas une connaissance de l'autre mais son respect" ,Méditations érotiques, Essai sur Emmanuel Levinas N° 24 8 mai 2003 PIERRE DAC : "Les bons crus font les bonnes cuites" N° 25 13 mai 2003 ALFRED JARRY "On ne peut jamais dire une seule fois la même chose" N° 26 15 mai 2003 EDGAR VARESE
"Je déteste cette personne - Mais comment pouvez-vous la détester
si vous ne la connaissez pas ? - La réponse est dans la question : je
ne peux pas détester quelqu'un que je connais" N° 28 24 mai 2003 IMRE KERTESZ
"Je refermai mon parapluie : ce symbole par excellence du
grotesque de notre existence terrestre"
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